Exposition « Aventures graphiques » Devorah Boxer, Lise Follier-Morales, Catherine Gillet, Nathalie Grall, Pauleen K, Quentin Préaud, Maxime Préaud

Posted by | janvier 1, 2015 | Exposition passée | No Comments
Presse petite

Devorah Boxer, Lise Follier-Morales, Catherine Gillet, Nathalie Grall, Pauleen K, Quentin Préaud, Maxime Préaud

Aventures graphiques

Gravures

Exposition du 10 janvier au 15 février 2015

Des immeubles et des taureaux, un tamis et des cafetières, une veste en vanité et des élytres de pierre, des couteaux qui attendent leur heure et des gallinacés qui surgissent du noir : où sommes-nous? Dans les mondes gravés de sept artistes de la galerie l’Échiquier dont les aventures graphiques en taille-douce ou en taille d’épargne, sur cuivre, carton, ou linoléum, offrent un panorama étourdissant des vastes possibilités offertes par les différentes techniques de l’estampe.

Jubilation du trait qui en appelle un autre, comme chez la buriniste Catherine Gillet dont les images, sortes de météorites venues de très loin et captées sur la plaque au terme d’une quête inspirée du geste du calligraphe, donnent un délicieux frisson d’inquiétante étrangeté : est-ce un crâne vu de dos ou un tambour ? Une roche qui tombe ou un tronc d’arbre ? Toutes les lectures sont possibles, comme chez Nathalie Grall qui nous emmène dans un monde flottant né à la pointe du pinceau puis fixé sur le métal par la lame du burin. Ses images de corrida, d’ombrelles et de cerfs-volants, toutes en légèreté et en grâce, semblent encore danser sur le  papier.

Avec Devorah Boxer, les objets de notre quotidien s’animent et, prenant enfin leur revanche, passent au premier plan. Personnalisés par son regard qui les détache du monde où ils passent généralement inaperçus, ils sont entourés d’un halo de lumière, réchauffés par l’eau-forte et habillés de grains d’aquatinte, tout en gardant la trace de leur existence silencieuse et parallèle à nos côtés. Non plus solitaires, mais en groupe, ou par couple, les cafetières en noir et blanc de Maxime Préaud imposent leur présence mélancolique. Ses vestes désertées, gravées en linogravure à planche perdue, son fétiche quadrillé et bardé de clous, à la fois burlesque et troublant, sont empreints d’une singularité métaphysique et d’un humour noir qui joue de tous les contrastes d’une palette haute en couleurs pour rajeunir le genre de la nature morte.

Pauleen K et Quentin Préaud partagent le même goût de la dérive urbaine. Une ville que la première, qui maîtrise l’art de la manière noire, imagine hantée de bâtiments menaçants dont les fondations sont envahies par l’ombre, quand le second la peuple d’immeubles paquebots et d’appartements aux fenêtres murées. Quentin Préaud sait aussi voir la ville en rose, ou en bleu et jaune, quand il troque sa pointe sèche contre une gouge pour graver sur linoléum.

Avec Lise Follier Morales, le portrait, mystérieux et très inspiré, reprend ses droits : jeune fille songeuse devant un mur traversé des lueurs voilées d’un autre monde, ou cheminant dans un paysage désertique, poules en majesté à la vêture moirée et au regard étonné ou impénétrable. Grâce à une technique à l’invention toujours renouvelée comme ces jeux de superpositions transparentes sur fond de dominographie et de marbré, elle parvient à transmettre l’énigmatique beauté d’expressions saisies sur le vif et de personnages venus d’un passé rêvé.

Laurence Paton
Décembre 2014