Exposition « Douze apôtres de l’estampe » Christine Gendre-Bergère

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Christine Gendre-Bergère

DOUZE APÔTRES DE L’ESTAMPE

Gravures et livre d’artiste

 Exposition du 30 mai au 28 juin 2015

 

Christine Gendre-Bergère, ces derniers temps, explore avec discrétion les abords de son intimité : ce peut être la famille (Filiations, 2010, livre gravé avec pop’up), la calme rue voisine (Urbanités, 2011, livre gravé dans lequel, îlotière sensible, elle fait au ras du sol le tour du pâté de maison), ou encore, objet de la présente exposition, ses amies qui pratiquent les arts de l’estampe. Comme dans une de ces suites anciennes où se présentent, accompagnant le Christ et parfois la Vierge, chacun sur sa feuille, les douze apôtres chrétiens, elle s’affiche avec ses consœurs ─ mais onze seulement d’entre elles pour éviter le chiffre fatidique.

Si elle-même trône sur un tabouret pivotant, toutes sont debout, souriantes face au spectateur. L’artiste les montre dans leur séduisante tenue de travail : baskets, jeans, tablier taché, salopette et, comme les saints reconnaissables à leur attribut, avec dans leurs mains parfois gantées de caoutchouc leurs instruments ou leurs objets fétiches. C’est presque un défilé de mode, où chaque portrait se transforme en allégorie de la Gravure, sur de grandes estampes de trois pieds de haut, toutes formées de trois plaques mordues à l’eau-forte et habilement imprimées par l’artiste même.

Au portrait vient s’ajouter à chaque fois une autre planche, plus petite, où sont figurés les outils qu’utilise chacune de ces talentueuses artistes ─ nous avons tous nos habitudes et nos préférences : pointes, burins, roulettes et autres brunissoirs, le matériel, bidons de pétrole ou d’acide, flacons de vernis, boîtes d’encre, chiffons et tarlatanes.

Le mot apôtre n’a pas de féminin, celui de graveur pas tout à fait encore, le monde de l’estampe s’interroge ─ bien qu’aujourd’hui ce soient le plus souvent les femmes qui vivifient les ateliers. Christine Gendre-Bergère n’hésite pas, elle, insistant même sur l’E majuscule qui féminise le vocable. Et cet ensemble étonnant, également décliné sous la forme d’un livre, s’intitule si fortement : Les graveurEs qu’on se demande s’il faut vraiment croire à la douceur de ces doux apôtres.

 

Maxime Préaud
Mars 2015