Expositions « La brocante sublimée » de Devorah Boxer et « Distances  » de Nicolas Poignon

Posted by | juillet 1, 2016 | Exposition passée | No Comments

Une rentrée formidable à la galerie l’Échiquier, après un été que nous vous souhaitons le plus beau possible

Tout d’abord, en relais de l’exposition dont Devorah Boxer bénéficie à l’Institut des beaux-arts à la suite du prix Avati attribué par l’Académie en 2015, nous exposerons entre le 10 septembre et le 9 octobre, des gravures et des dessins, publierons  un catalogue d’une vingtaine de pages qui vous sera remis gracieusement lors de votre visite, et éditerons deux gravures à cinquante exemplaires chacune.

Ensuite à partir du 16 septembre et jusqu’au 30 octobre 2016 (partageant les lieux jusqu’au 9 octobre avec Devorah Boxer), nous aurons le plaisir de vous proposer une superbe exposition de dessins aux fusains, de lavis à la façon sanguine et de quatre très grandes linogravures de Nicolas Poignon, récompensé lui aussi en 2015 lors de la Biennale de l’Estampe de Saint-Maur (premier prix).

Merci de découvrir ci-dessous, ces deux événements que nous sommes ravis de vous présenter.

Peigne de tisserand 2013


Devorah Boxer

Devorah Boxer ou La brocante sublimée

Gravures et dessins

 

Vernissage le samedi 10 septembre 2016 à partir de 17h30 en présence de l’artiste

Exposition du 10 septembre au 9 octobre 2016

Pot de pré-clôture le vendredi 7 octobre 2016 à partir de 18H30

 

Devorah Boxer ressemble un peu à ces objets qui lui sont chers et qui surchargent son atelier de brocanteuse. Le temps sur eux a laissé ses marques, ils sont quelque peu cabossés mais enrichis par l’âge. Depuis des années l’artiste porte sur eux un regard attendri, elle en exalte dans ses estampes l’émouvante survie et sait par son talent nous en faire découvrir les beautés aussi évidentes qu’accidentelles.
C’est vers la fin de sa longue carrière que son œuvre gravé, dont tous ceux qui connaissent la poésie de son travail éprouvent les charmes quasi morandiens, jouit d’une reconnaissance méritée, au-delà même du monde de l’estampe. Si elle avait bénéficié d’une exposition personnelle à Chartres en 2004, ce fut en 2013 seulement qu’une exposition parisienne, à la galerie L’Échiquier, fut consacrée à ses eaux-fortes. Cet événement fut suivi d’une autre manifestation importante à la villa Médicis de Saint-Maur où notre artiste avait remporté le prix spécial du Maire lors de la biennale de 2013. La galerie L’Échiquier présenta également certains de ses magnifiques dessins préparatoires l’an passé, au moment même où Devorah Boxer devenait lauréate du dernier prix Mario Avati, raison pour laquelle l’Académie des beaux-arts l’honore maintenant d’une exposition dans ses murs.
Ses amis se réjouissent de ces hommages répétés, l’estampe d’aujourd’hui en est magnifiée, les sujets éclopés de ses tailles-douces y trouvent, régénérés par ses aquatintes et ses vernis mous, la gloire légitime des anciens combattants, et notre mélancolie esquisse un certain sourire.

Maxime Préaud – Conservateur général honoraire des bibliothèques
Paris, juillet 2016

A noter aussi dans votre agenda : Exposition de Devorah Boxer à  l’Académie des beaux-arts, du 8 septembre au 9 octobre, entrée libre, du mardi au dimanche, de 11h à 18h, Salle Comtesse de Caen, 27 quai de Conti, 75006 paris.

 

 

Nicolas Poignon

Distances

Dessins, lavis à la manière sanguine et gravures

 

Vernissage le vendredi 16 septembre 2016 à partir de 18h30 en présence de l’artiste

Exposition du 16 septembre au 30 octobre 2016

Pot de pré-clôture le vendredi 28 octobre 2016 à partir de 18H30

 

Dans les œuvres de Nicolas Poignon, il semble qu’entre le motif et celui qui le regarde – l’artiste d’abord, puis nous –, un très léger voile s’interpose, que l’on peine à interpréter : délicatesse dans l’approche du monde, goût des lointains, attention portée aux nuances de la lumière, sourde inquiétude devant les formes trop dessinées, trop affirmées, intervention souterraine de la mémoire,… on ne sait. Mais ce qui parait sûr, c’est que, dans cette constante mise à distance, les deux catégories du temps et de l’espace sont en cause, auxquelles il faut ajouter un trait commun, le silence ; et devant ces œuvres légères, presque impondérables, on pourrait se demander si, dans le monde « réel » ou réputé tel, le motif a jamais été proche et si la vue s’en est jamais emparé, s’il ne s’agit pas de simples rêveries, comme les encres de Victor Hugo ou nombre d’aquarelles de Turner. Pourtant non, et il serait bien difficile de dire pourquoi, mais nous sentons que cette Ville en activité ou cette Ville et son fleuve dessinées au fusain d’un peu haut, comme d’une colline ou de la terrasse d’un immeuble, existent pour de bon, n’ont pas été inventées, et il en va de même de ces sanguines qui nous montrent une route traversant un village, vus comme en passant, depuis une voiture (elles portent d’ailleurs des dates précises). Sans aucun doute le monde réel donc, et des moments réels, mais non décrits, seulement saisis en traces laissées par la mémoire. L’étrange est que cette mémoire propre à l’artiste, peut-être parce qu’il en use très doucement, elliptiquement, éveille et sollicite la nôtre, et voici que nous croyons reconnaître des paysages ou des lieux que nous aurions parcourus et oubliés : non pas une « inquiétante étrangeté » toutefois, plutôt une forme de nostalgie.

Nicolas Poignon s’étant d’abord fait connaître comme linograveur, pratiquant une technique qui n’est pas précisément idéale pour restituer ce que peuvent avoir de diffus le sentiment ou le souvenir d’un paysage, on imagine assez que l’usage du fusain, de la sanguine ou de la pointe d’argent lui a permis de rendre une vision sensiblement moins « dure » que celle imposée par la linogravure. Et le fait est que, dans ses estampes, le monde n’apparaît pas séparé par ce léger voile dont je parlais, mais par un réseau de lignes et de gros points qui, en évoquant un tressage ou un cannage irrégulier, fait du motif (souvent constitué par des bâtiments) un lieu ou un objet inaccessible, quand il ne le fait pas quasiment disparaître, comme si la trame au revers de la plaque de linoléum revenait du dessous pour prendre le dessus sur l’image. Tandis qu’ici, avec quelques légers traits de crayon, c’est tout l’espace qui se libère et s’ouvre, un large espace vacant où les formes tendent à s’absorber et se dissoudre, et que l’artiste, croirait-on, a longtemps craint d’affronter : dans tel ou tel fusain de 2015, on voit les villes se resserrer sur elles-mêmes, fondre leurs formes comme pour mieux s’accorder au ciel vide au-dessus d’elles, et l’artiste n’hésite pas à donner le titre Éther à certaines de ces pages (l’éther, cette substance subtile qui jadis était censée emplir les plus hautes régions de l’espace, bien au delà de l’atmosphère) ; et dans telle sanguine de 2002, les maisons paraissent menacées d’effondrement, démolies par le vide, dont le sens serait aussi l’irrémédiable passage du temps. Quant aux pointes d’argent, l’extrême finesse des traits y suscite un monde dont on ne sait s’il apparaît ou disparaît, on pense à des effets de brouillard en plein jour, quand les arbres et les maisons en sortent mystérieusement, pour s’y évanouir à nouveau un instant plus tard ; pourtant, on s’égarerait à chercher dans ces œuvres des études plus ou moins « réalistes » ou « impressionnistes » d’un phénomène naturel (dans le genre des brouillards peints par Monet, par exemple). En fait, c’est encore un éloignement qu’elles font surtout sentir, une distance qui paraît décidément irrémédiable. Tout en continuant de fasciner, isolés dans le blanc de la page, presque réduits à composer l’horizon, les motifs –bouquets d’arbres et bâtiments – semblent vouloir se retirer de notre scène, fuir en résistant à toute saisie, et l’on comprend que l’artiste ne saurait insister. On comprend que ce n’est pas lui qui tient le monde à distance, mais l’inverse, et de cela seul naît une beauté singulière.
Alain Madeleine-Perdrillat
Paris, avril 2016