Exposition Judith Rothchild – Une maison à l’automne

Posted by | octobre 6, 2018 | Exposition en cours | No Comments

In the spotlight IV, manière noire , 37 x 25 cm, 2017

Judith Rothchild

Une maison à l’automne

Gravures

 

 Exposition du  18 octobre au 23 novembre 2018

Entrer dans une exposition d’estampes de Judith Rothchild, c’est pénétrer dans un univers intime. Sur les murs sont suspendus quelques morceaux choisis d’un intérieur. À celui qui connaît la maison de l’artiste, chaque image provoque une réminiscence, l’image d’un objet admiré, d’une surface caressée, d’une odeur fugacement perçue, d’un légume savouré. Aux autres, les estampes peuvent être le support de rêverie, le réceptacle de leurs souvenirs, l’évocation des recoins d’une bâtisse d’enfance depuis longtemps disparue.

On feuillette l’œuvre gravé de Judith Rothchild comme un inventaire de la « vie tranquille », ainsi que l’on désigne la nature morte en anglais et en allemand. De délicats blancs lumineux, une infinité de nuances de gris, des noirs d’une intensité veloutée pour enregistrer les subtiles textures d’un coquillage, la peau épaisse d’une farandole de cucurbitacées, la transparence ondoyante d’une verrerie ancienne.

Depuis 20 ans, Judith Rothchild excelle dans cet art raffiné qu’est la manière noire. Une technique exigeante, qui nécessite une infinie patience. Celle, d’abord de bercer le cuivre des heures durant, jusqu’à le couvrir d’une trame de millions de minuscules creux, formant un relief dense, garant de l’intensité et du velouté des noirs.

Celle, ensuite, de promener, sans relâche, le brunissoir, pour écraser et polir le grain précédemment créé. Ainsi émergent les gris, dans les nuances les plus variées, jusqu’au blanc intense. Pour celui qui assiste à la naissance d’une image sur le cuivre, le procédé relève quelque peu de l’opération magique puisque l’artiste fait naître la lumière du noir le plus profond.

Tout se joue dans un « petit théâtre » que l’artiste s’est aménagé au cœur de son atelier. Un tissu noir tendu sur une scène brinquebalante, constituée de vieux bottins à l’équilibre incertain. Une vieille lampe de bureau donne à cet espace improvisé un éclairage tranché, aux ombres marquées. Comme sur les planches d’une salle de spectacle.

Tour à tour les objets quotidiens de la maison y connaissent leurs heures de pose : une vieille bouteille en verre soufflé, un amusant cactus rebondi, une branche cueillie au jardin, les courges attendant l’heure de la soupe, l’oignon oublié qui a germé, les fleurs séchées d’un bouquet autrefois reçu, la collection de coquillages rapportée d’un lointain ailleurs…

La composition varie, au fil des saisons. Les objets changent de place, se déplacent sur les étagères. Les galets ont roulé dans un panier d’osier, à côté duquel gît une épreuve encore humide, ultime état d’une manière noire que l’artiste vient d’achever. Dans l’atelier, modèles immobiles et leurs doubles gravés se mêlent. Sur un vieux coffre s’entassent les épreuves d’états, tirages intermédiaires réalisés par l’artiste au cours de la création d’une estampe. Une sorte d’archéologie de l’image, où la lumière émerge du noir.

Johanna Daniel

Paris, octobre 2018