Galerie L'Echiquier - Galerie l’Échiquier

Expositions « La brocante sublimée » de Devorah Boxer et « Distances  » de Nicolas Poignon

Par | Exposition passée |

Une rentrée formidable à la galerie l’Échiquier, après un été que nous vous souhaitons le plus beau possible

Tout d’abord, en relais de l’exposition dont Devorah Boxer bénéficie à l’Institut des beaux-arts à la suite du prix Avati attribué par l’Académie en 2015, nous exposerons entre le 10 septembre et le 9 octobre, des gravures et des dessins, publierons  un catalogue d’une vingtaine de pages qui vous sera remis gracieusement lors de votre visite, et éditerons deux gravures à cinquante exemplaires chacune.

Ensuite à partir du 16 septembre et jusqu’au 30 octobre 2016 (partageant les lieux jusqu’au 9 octobre avec Devorah Boxer), nous aurons le plaisir de vous proposer une superbe exposition de dessins aux fusains, de lavis à la façon sanguine et de quatre très grandes linogravures de Nicolas Poignon, récompensé lui aussi en 2015 lors de la Biennale de l’Estampe de Saint-Maur (premier prix).

Merci de découvrir ci-dessous, ces deux événements que nous sommes ravis de vous présenter.

Peigne de tisserand 2013


Devorah Boxer

Devorah Boxer ou La brocante sublimée

Gravures et dessins

 

Vernissage le samedi 10 septembre 2016 à partir de 17h30 en présence de l’artiste

Exposition du 10 septembre au 9 octobre 2016

Pot de pré-clôture le vendredi 7 octobre 2016 à partir de 18H30

 

Devorah Boxer ressemble un peu à ces objets qui lui sont chers et qui surchargent son atelier de brocanteuse. Le temps sur eux a laissé ses marques, ils sont quelque peu cabossés mais enrichis par l’âge. Depuis des années l’artiste porte sur eux un regard attendri, elle en exalte dans ses estampes l’émouvante survie et sait par son talent nous en faire découvrir les beautés aussi évidentes qu’accidentelles.
C’est vers la fin de sa longue carrière que son œuvre gravé, dont tous ceux qui connaissent la poésie de son travail éprouvent les charmes quasi morandiens, jouit d’une reconnaissance méritée, au-delà même du monde de l’estampe. Si elle avait bénéficié d’une exposition personnelle à Chartres en 2004, ce fut en 2013 seulement qu’une exposition parisienne, à la galerie L’Échiquier, fut consacrée à ses eaux-fortes. Cet événement fut suivi d’une autre manifestation importante à la villa Médicis de Saint-Maur où notre artiste avait remporté le prix spécial du Maire lors de la biennale de 2013. La galerie L’Échiquier présenta également certains de ses magnifiques dessins préparatoires l’an passé, au moment même où Devorah Boxer devenait lauréate du dernier prix Mario Avati, raison pour laquelle l’Académie des beaux-arts l’honore maintenant d’une exposition dans ses murs.
Ses amis se réjouissent de ces hommages répétés, l’estampe d’aujourd’hui en est magnifiée, les sujets éclopés de ses tailles-douces y trouvent, régénérés par ses aquatintes et ses vernis mous, la gloire légitime des anciens combattants, et notre mélancolie esquisse un certain sourire.

Maxime Préaud – Conservateur général honoraire des bibliothèques
Paris, juillet 2016

A noter aussi dans votre agenda : Exposition de Devorah Boxer à  l’Académie des beaux-arts, du 8 septembre au 9 octobre, entrée libre, du mardi au dimanche, de 11h à 18h, Salle Comtesse de Caen, 27 quai de Conti, 75006 paris.

 

 

Nicolas Poignon

Distances

Dessins, lavis à la manière sanguine et gravures

 

Vernissage le vendredi 16 septembre 2016 à partir de 18h30 en présence de l’artiste

Exposition du 16 septembre au 30 octobre 2016

Pot de pré-clôture le vendredi 28 octobre 2016 à partir de 18H30

 

Dans les œuvres de Nicolas Poignon, il semble qu’entre le motif et celui qui le regarde – l’artiste d’abord, puis nous –, un très léger voile s’interpose, que l’on peine à interpréter : délicatesse dans l’approche du monde, goût des lointains, attention portée aux nuances de la lumière, sourde inquiétude devant les formes trop dessinées, trop affirmées, intervention souterraine de la mémoire,… on ne sait. Mais ce qui parait sûr, c’est que, dans cette constante mise à distance, les deux catégories du temps et de l’espace sont en cause, auxquelles il faut ajouter un trait commun, le silence ; et devant ces œuvres légères, presque impondérables, on pourrait se demander si, dans le monde « réel » ou réputé tel, le motif a jamais été proche et si la vue s’en est jamais emparé, s’il ne s’agit pas de simples rêveries, comme les encres de Victor Hugo ou nombre d’aquarelles de Turner. Pourtant non, et il serait bien difficile de dire pourquoi, mais nous sentons que cette Ville en activité ou cette Ville et son fleuve dessinées au fusain d’un peu haut, comme d’une colline ou de la terrasse d’un immeuble, existent pour de bon, n’ont pas été inventées, et il en va de même de ces sanguines qui nous montrent une route traversant un village, vus comme en passant, depuis une voiture (elles portent d’ailleurs des dates précises). Sans aucun doute le monde réel donc, et des moments réels, mais non décrits, seulement saisis en traces laissées par la mémoire. L’étrange est que cette mémoire propre à l’artiste, peut-être parce qu’il en use très doucement, elliptiquement, éveille et sollicite la nôtre, et voici que nous croyons reconnaître des paysages ou des lieux que nous aurions parcourus et oubliés : non pas une « inquiétante étrangeté » toutefois, plutôt une forme de nostalgie.

Nicolas Poignon s’étant d’abord fait connaître comme linograveur, pratiquant une technique qui n’est pas précisément idéale pour restituer ce que peuvent avoir de diffus le sentiment ou le souvenir d’un paysage, on imagine assez que l’usage du fusain, de la sanguine ou de la pointe d’argent lui a permis de rendre une vision sensiblement moins « dure » que celle imposée par la linogravure. Et le fait est que, dans ses estampes, le monde n’apparaît pas séparé par ce léger voile dont je parlais, mais par un réseau de lignes et de gros points qui, en évoquant un tressage ou un cannage irrégulier, fait du motif (souvent constitué par des bâtiments) un lieu ou un objet inaccessible, quand il ne le fait pas quasiment disparaître, comme si la trame au revers de la plaque de linoléum revenait du dessous pour prendre le dessus sur l’image. Tandis qu’ici, avec quelques légers traits de crayon, c’est tout l’espace qui se libère et s’ouvre, un large espace vacant où les formes tendent à s’absorber et se dissoudre, et que l’artiste, croirait-on, a longtemps craint d’affronter : dans tel ou tel fusain de 2015, on voit les villes se resserrer sur elles-mêmes, fondre leurs formes comme pour mieux s’accorder au ciel vide au-dessus d’elles, et l’artiste n’hésite pas à donner le titre Éther à certaines de ces pages (l’éther, cette substance subtile qui jadis était censée emplir les plus hautes régions de l’espace, bien au delà de l’atmosphère) ; et dans telle sanguine de 2002, les maisons paraissent menacées d’effondrement, démolies par le vide, dont le sens serait aussi l’irrémédiable passage du temps. Quant aux pointes d’argent, l’extrême finesse des traits y suscite un monde dont on ne sait s’il apparaît ou disparaît, on pense à des effets de brouillard en plein jour, quand les arbres et les maisons en sortent mystérieusement, pour s’y évanouir à nouveau un instant plus tard ; pourtant, on s’égarerait à chercher dans ces œuvres des études plus ou moins « réalistes » ou « impressionnistes » d’un phénomène naturel (dans le genre des brouillards peints par Monet, par exemple). En fait, c’est encore un éloignement qu’elles font surtout sentir, une distance qui paraît décidément irrémédiable. Tout en continuant de fasciner, isolés dans le blanc de la page, presque réduits à composer l’horizon, les motifs –bouquets d’arbres et bâtiments – semblent vouloir se retirer de notre scène, fuir en résistant à toute saisie, et l’on comprend que l’artiste ne saurait insister. On comprend que ce n’est pas lui qui tient le monde à distance, mais l’inverse, et de cela seul naît une beauté singulière.
Alain Madeleine-Perdrillat
Paris, avril 2016

 

Artistes primés depuis l’ouverture de la galerie

Par | Artistes primés |

Depuis l’ouverture de la galerie en octobre 2012, nos artistes ont été récompensés par des prix prestigieux.

Novembre 2016 : Académie des Beaux-Artsr
Judith Rothchild : Prix de bibliophilie Jean Lurçat

Février 2016 : Fondation Taylor
Catherine Gillet : Prix de gravure Paul Gonnand

Novembre 2015 : Musée de Saint-Maur
Pablo Flaiszman : Lauréat du Prix Spécial du Maire de la Biennale de l’Estampe de Saint-Maur – 2015 – Traces
Quentin Préaud : 2ème prix de la Biennale de l’Estampe de Saint-Maur – 2015 – Traces

Novembre 2015 : Académie des Beaux-Arts
Devorah Boxer : Prix de gravure Mario Avati
Pauleen K : Prix de gravure Pierre Cardin

Novembre 2014 : Académie des Beaux-Arts
Lise Follier-Morales : Prix de gravure Paul Louis Weiller

Sans couverts

Exposition « Mémoire d’ombres » Pablo Flaiszman

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Pablo Flaiszman

Mémoire d’ombres
Gravures

Exposition du 16 janvier au 14 février 2016

Du choc des rayons et des ombres naissent les aquatintes de Pablo Flaiszman. Le graveur y capte des fragments de vie, instants du quotidien suspendus à un moment de basculement ou de flottement que la mémoire souvent surexpose. Ces espaces-temps intimes sont traversés par des êtres que l’on devine chers et dont la présence parfois s’efface, absorbée par l’ombre ou éclipsée par la lumière. Les noirs profonds de l’encre s’entrechoquent avec les blancs du papier pour planter un décor -chambres, cuisines, pièces de vie- qui accueille des âmes plus que des corps. Lits, chaises, tables, reliefs d’un repas disent le partage autant qu’ils crient la solitude.

Flaiszman est un graveur d’un genre particulier : bien plus qu’un aquafortiste, c’est un aquatintiste hors pair qui pose ses grains de résine sur le zinc comme un peintre ses couleurs et procède par morsures successives jusqu’à obtenir toutes les valeurs d’une palette en noir et blanc dont la richesse augmente grâce aux effets de matière donnés par les grattages, les reprises au brunissoir ou encore les apports d’un vernis mou ponctuellement ajouté. Cette cuisine patiente se combine avec celle initiale de photographies travaillées par collages virtuels. Singulière alchimie dédiée à ces « ombres gravées » qui oscillent entre modernité et tradition. On pense à Goya pour les hardiesses de l’aquatintiste et à Rembrandt pour la fascination du contre-jour, tous deux en bonne place, nous a-t-il confié, dans son musée imaginaire.

Valérie Sueur-Hermel
Conservateur en chef au département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France.

Invit Devorah Boxer

Exposition « Leçon de choses » Devorah Boxer

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Devorah Boxer

Leçon de choses

Dessins … et quelques gravures

 

Exposition du 24 octobre au 22 novembre 2015

 

L’œuvre de Devorah Boxer est magiquement émotionnelle et profondément sensuelle. Pétrie de matière, elle se nourrit de noirs intenses. Poudreux et crayeux, ils râpent et trament le papier, ou lui donnent le grain minéral de la pierre. Huileux et charbonneux, ils l’opacifient et l’empâtent.

En une puissante attraction épaissie de la densité du fusain et de la noirceur de l’encre, émergent volutes et entassements, cônes, cocons et enroulements, filaments, spirales et enserrements qui remontent en force et en volume, polis, arrondis, ombrés parfois de gouache blanche. Dans les contraintes de la feuille, ils s’enserrent et se calent, et résistent à l’inertie de la page.

Car si rien ne bouge, tout vit et respire. Apesanteur et lévitation d’un monde qui s’anime de la puissance du geste : sous les coups vigoureux de la main de l’artiste qui passe et repasse, et surcharge, les objets se mettent en vrille et en rotation, ou pèsent de toute leur noblesse.

Mais c’est de dessin qu’il s’agit. Alors, pour en savoir plus,  telle Alice il faut passer de l’autre côté, traverser le tain de la feuille, et découvrir calligraphié en son revers le déroulé poétique d’un rebut à la Prévert:

« Hérisson, cardeuse africaine, tube, burettes, brosse, retenue I, II, VI, accumulation, poinçon, étau… » les prosaïques « outils » du monde vernaculaire de Devorah Boxer qui sans ouï-dire s’anoblissent de la beauté de son art.

 

Anne-Marie Garcia
Octobre 2015

dun-bord-à-lautre-A

Exposition « Éclats de vert en noir et blanc » Dominique Aliadière

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Dominique Aliadière

Éclats de vert en noir et blanc

Gravures

Exposition du 12 septembre au 11 octobre 2015

Dominique Aliadière aime les arbres. Comme son père les aimait. Lui-même est une espèce d’arbre, genre chêne, avec par-ci par-là un peu de lichen sur l’écorce.
Il les regarde, dans son Limousin, en Bretagne, n’importe où. De près, de loin. Il les a beaucoup photographiés. Il n’a plus besoin, pour les dessiner ou les graver, de les avoir sous les yeux, ils sont surtout prétexte, même si, devant sa table de travail, sont encadrées trois photographies qu’il a prises il y a longtemps déjà : un arbre, une rangée d’arbres, une colline arborée sous un ciel sombre.
Il se souvient aussi d’autres images, par exemple des Trois Arbres de Rembrandt, « un bon graveur contemporain », dit-il.
Partirait-il du pied, de la souche, c’est dans la ramée qu’il élabore la plupart de ses compositions. Les ramures, les rameaux, les ramilles n’ont pas de secret pour lui. On dirait les éclats d’une feuille de verre brisée. C’est de la matière transparente, du vitrail. Il sait que le ciel paraît plus clair entre les branches serrées, plus lumineux que dans les espaces lointains, où il craint que des nuées d’orage viennent soudain tout assombrir.
Car il y a aussi de l’air, du vent et des tempêtes dans les estampes de Dominique Aliadière, qu’elles soient gravées en taille-douce ou en épargne. Les arbres craquent et se plient, les nuages noirs menacent. Cette gravure-là est faite aussi d’inquiétude et d’admiration primitive devant les forces de la nature. Si elles sont déjà puissantes isolées, l’artiste fait souvent s’entrechoquer ses images en les montant en diptyque, ou en triptyque, voire en très grands formats, pour restituer plus manifeste encore la tension dramatique qui les a inspirées.

Maxime Préaud
Juin 2015

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Exposition « Douze apôtres de l’estampe » Christine Gendre-Bergère

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Christine Gendre-Bergère

DOUZE APÔTRES DE L’ESTAMPE

Gravures et livre d’artiste

 Exposition du 30 mai au 28 juin 2015

 

Christine Gendre-Bergère, ces derniers temps, explore avec discrétion les abords de son intimité : ce peut être la famille (Filiations, 2010, livre gravé avec pop’up), la calme rue voisine (Urbanités, 2011, livre gravé dans lequel, îlotière sensible, elle fait au ras du sol le tour du pâté de maison), ou encore, objet de la présente exposition, ses amies qui pratiquent les arts de l’estampe. Comme dans une de ces suites anciennes où se présentent, accompagnant le Christ et parfois la Vierge, chacun sur sa feuille, les douze apôtres chrétiens, elle s’affiche avec ses consœurs ─ mais onze seulement d’entre elles pour éviter le chiffre fatidique.

Si elle-même trône sur un tabouret pivotant, toutes sont debout, souriantes face au spectateur. L’artiste les montre dans leur séduisante tenue de travail : baskets, jeans, tablier taché, salopette et, comme les saints reconnaissables à leur attribut, avec dans leurs mains parfois gantées de caoutchouc leurs instruments ou leurs objets fétiches. C’est presque un défilé de mode, où chaque portrait se transforme en allégorie de la Gravure, sur de grandes estampes de trois pieds de haut, toutes formées de trois plaques mordues à l’eau-forte et habilement imprimées par l’artiste même.

Au portrait vient s’ajouter à chaque fois une autre planche, plus petite, où sont figurés les outils qu’utilise chacune de ces talentueuses artistes ─ nous avons tous nos habitudes et nos préférences : pointes, burins, roulettes et autres brunissoirs, le matériel, bidons de pétrole ou d’acide, flacons de vernis, boîtes d’encre, chiffons et tarlatanes.

Le mot apôtre n’a pas de féminin, celui de graveur pas tout à fait encore, le monde de l’estampe s’interroge ─ bien qu’aujourd’hui ce soient le plus souvent les femmes qui vivifient les ateliers. Christine Gendre-Bergère n’hésite pas, elle, insistant même sur l’E majuscule qui féminise le vocable. Et cet ensemble étonnant, également décliné sous la forme d’un livre, s’intitule si fortement : Les graveurEs qu’on se demande s’il faut vraiment croire à la douceur de ces doux apôtres.

 

Maxime Préaud
Mars 2015

Image petit site

Exposition « Au bord du monde » Michèle Iznardo

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Michèle Iznardo

 

AU BORD DU MONDE

Dessins

Exposition du 7 mars au 5 avril 2015

Avec du papier, une pierre noire, et des couleurs immatérielles comme l’air, Michèle Iznardo réinvente une terra incognita. À contempler cette terre des origines, cette terre d’avant l’homme, un frisson vous saisit, comparable à celui ressenti en lisant les mentions inscrites sur les anciennes mappemondes: hic sunt dracones , ici il y a des dragons.

Apparemment, tout est calme dans ce paysage où les coulées d’azur du ciel et des rivages, le miroir des eaux étales et les pierres en équilibre qui souvent bouchent l’horizon forment des lignes, dessinent des creux, des îles secrètes, des mondes en miniature.

À y regarder de plus près, ces univers superposés comme les strates du temps sont autant de tableaux où le regard perçoit des nuances chromatiques à l’infini et l’œil joue à se perdre. Des turbulences immémoriales ont réorganisé le paysage, inversé le ciel et la terre, créé des failles vertigineuses et chassé toute présence humaine. Car dans ce monde minéral, vous ne rencontrerez personne, sinon l’air, le blanc, le gris, le bleu, le gris-bleu, exceptionnellement un ciel jaune de fin du monde surplombant une mer d’encre, et bien sûr ce noir, imposant et omniprésent. Mais n’essayez pas d’aller  dans ce pays au bord du monde, contentez-vous de regarder les images que Michèle Iznardo en a rapportées, empreintes de la beauté et de la pureté des rivages imaginaires.

Laurence Paton
Février 2015

Presse petite

Exposition « Aventures graphiques » Devorah Boxer, Lise Follier-Morales, Catherine Gillet, Nathalie Grall, Pauleen K, Quentin Préaud, Maxime Préaud

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Devorah Boxer, Lise Follier-Morales, Catherine Gillet, Nathalie Grall, Pauleen K, Quentin Préaud, Maxime Préaud

Aventures graphiques

Gravures

Exposition du 10 janvier au 15 février 2015

Des immeubles et des taureaux, un tamis et des cafetières, une veste en vanité et des élytres de pierre, des couteaux qui attendent leur heure et des gallinacés qui surgissent du noir : où sommes-nous? Dans les mondes gravés de sept artistes de la galerie l’Échiquier dont les aventures graphiques en taille-douce ou en taille d’épargne, sur cuivre, carton, ou linoléum, offrent un panorama étourdissant des vastes possibilités offertes par les différentes techniques de l’estampe.

Jubilation du trait qui en appelle un autre, comme chez la buriniste Catherine Gillet dont les images, sortes de météorites venues de très loin et captées sur la plaque au terme d’une quête inspirée du geste du calligraphe, donnent un délicieux frisson d’inquiétante étrangeté : est-ce un crâne vu de dos ou un tambour ? Une roche qui tombe ou un tronc d’arbre ? Toutes les lectures sont possibles, comme chez Nathalie Grall qui nous emmène dans un monde flottant né à la pointe du pinceau puis fixé sur le métal par la lame du burin. Ses images de corrida, d’ombrelles et de cerfs-volants, toutes en légèreté et en grâce, semblent encore danser sur le  papier.

Avec Devorah Boxer, les objets de notre quotidien s’animent et, prenant enfin leur revanche, passent au premier plan. Personnalisés par son regard qui les détache du monde où ils passent généralement inaperçus, ils sont entourés d’un halo de lumière, réchauffés par l’eau-forte et habillés de grains d’aquatinte, tout en gardant la trace de leur existence silencieuse et parallèle à nos côtés. Non plus solitaires, mais en groupe, ou par couple, les cafetières en noir et blanc de Maxime Préaud imposent leur présence mélancolique. Ses vestes désertées, gravées en linogravure à planche perdue, son fétiche quadrillé et bardé de clous, à la fois burlesque et troublant, sont empreints d’une singularité métaphysique et d’un humour noir qui joue de tous les contrastes d’une palette haute en couleurs pour rajeunir le genre de la nature morte.

Pauleen K et Quentin Préaud partagent le même goût de la dérive urbaine. Une ville que la première, qui maîtrise l’art de la manière noire, imagine hantée de bâtiments menaçants dont les fondations sont envahies par l’ombre, quand le second la peuple d’immeubles paquebots et d’appartements aux fenêtres murées. Quentin Préaud sait aussi voir la ville en rose, ou en bleu et jaune, quand il troque sa pointe sèche contre une gouge pour graver sur linoléum.

Avec Lise Follier Morales, le portrait, mystérieux et très inspiré, reprend ses droits : jeune fille songeuse devant un mur traversé des lueurs voilées d’un autre monde, ou cheminant dans un paysage désertique, poules en majesté à la vêture moirée et au regard étonné ou impénétrable. Grâce à une technique à l’invention toujours renouvelée comme ces jeux de superpositions transparentes sur fond de dominographie et de marbré, elle parvient à transmettre l’énigmatique beauté d’expressions saisies sur le vif et de personnages venus d’un passé rêvé.

Laurence Paton
Décembre 2014

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Exposition « La nature à l’oeuvre » Christine Bouvier, Claire Illouz, Maurice Maillard

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Christine Bouvier, Claire Illouz, Maurice Maillard

LA NATURE A L’OEUVRE

 Gravures

Exposition du 29 novembre au 21 décembre 2014

 

Les rapports de l’art et de la nature font partie de ces sujets scolaires rabâchés depuis des siècles et qui font fuir tout étudiant d’art, tout amateur repu de ces exercices laborieux. Aristote en a posé les bases, Oscar Wilde nous a fait sourire d’un de ses brillants paradoxes, plus profonds qu’il n’y paraît… et alors ?

Depuis, on en parle beaucoup, de la nature : on craint son réchauffement, on la protège, on désire la préserver. Mais qui la regarde encore ?

Christine Bouvier, sans doute. Qui s’attache à ces petits riens : le reflet d’un nuage dans une flaque, le contraste de la terre et de l’eau. Et qui, d’une représentation photographique, la retravaille pour en tirer une estampe.

Maurice Maillard, sans doute. Qui capture l’instant sur la mer, le souffle et le sillon des champs, jusqu’à faire du paysage une œuvre abstraite.

Claire Illouz, sans doute. Qui n’oublie jamais que la nature, chez nous, n’est jamais éloignée du béton, de la ville, de l’humain, qui l’envahit mais qu’elle occupe en retour. Et qui couche herbe sur herbe, estampe sur estampe, plaque de cuivre sur plaque sur cuivre.

Manière aussi de signifier que l’art, comme la nature, est toujours une recréation.

Rémi Mathis
Novembre 2014

bateau

Exposition « Ondes Marines » Yannis Markantonakis

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Yannis Markantonakis

Ondes marines

Peintures   

Exposition du 18 octobre au 16 novembre 2014

Les bateaux de Yannis Markantonakis sont de puissants navires marchands que rien ne semblent détourner d’une trajectoire inconnue à celui qui pose son regard sur eux. Ils ouvrent à l’imagination des fenêtres nouvelles : celles des ailleurs lointains où on accoste en nous-même. Sa peinture conduit au-delà des apparences…C’est là son principal caractère, sa force et son jeu. Elle plonge dans les grandes profondeurs des interrogations humaines, avec une élégance chromatique qui ouvrent les perspectives de la réflexion, de la méditation ou du rêve. Que sa palette s’assombrisse ou non, ses noirs et ses gris sont solaires, ses bleus infinis. Un blanc, un rouge servent de phares à la composition. Ils disent l’essentiel, le jeu invisible des ondes marines. Les pinceaux livrent bataille,  jouent l’épaisseur par endroits, brouillent les pistes, laissent de grands aplats. De son combat, pour apprivoiser la matière des flots, naît une jubilation du regard qu’il offre en partage. La mer, le plus grand des miroirs est le terrain de jeu favori de cet adepte des paradoxes. Dans sa peinture, vous trouverez une pointe de Staël, le sillage d’un cargo noir de Dufy, la tendresse des icônes byzantines, une photographie maltraitée, une Amphitrite vous regardant du fond des eaux…

Le langage pictural de Yannis Markantonakis nous rappelle avec une insolente clarté que la peinture è cosa mentale pour notre plus grand plaisir.

Marianne Durand-Lacaze
Septembre 2014