Exposition passée Archives - Galerie l’Échiquier

Exposition Maxime Préaud – Le petit peuple de l’atelier

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Maxime Préaud

Le petit peuple de l’atelier

Gravures et peintures

 

 Exposition du 23 mars au 25 avril 2018

 

Le petit peuple de l’atelier », objets aimés, inspirants, chroniqués par Maxime Préaud, garde aux vanités qu’affectionne le peintre une mitoyenneté avec la vie, car il sait l’art de la mémoire lavée de toute mélancolie… gravures et acryliques aux palettes vives et fraîches, linogravures et eaux-fortes, exactes et grisées, entre chien et loup, campent un peuple gaillard, pareil à celui de notre Commedia mentale et quotidienne : les grenades couvant leurs graines près de statuettes africaines aux mamelles pyramidales surplombent, maternités triomphantes, des crânes où s’adosse, couleur langue de chat et œil de poupée, la gomme de l’artiste, arme d’un écolier qui ne croirait pas à une mort raillée par une brigade de cafetières colorées, ces atrabilaires aux humeurs d’arabica : Grande Cafetière de la Porte de Vanves, en armure, Cafetière d’Istanbul, Carmen au turban jaune, cambrée, couleur muleta, Cafetière de Montignac, profil de Cyrano sur un fond cyanure et flammé, combien de visiteurs, pensifs, poseront leurs yeux sur vous, devinant l’arôme d’un breuvage partagé autrefois, chacun appliquant, comme un « passage » sur vos reliefs, son propre regard, ainsi l’encre sur la gravure ? Où situer d’ailleurs la gravure véritable ? Ici, suspendue au mur, ou là, ciselure dans un méandre de la conscience, réminiscence oscillante, lointaine, intime ? Maxime Préaud nous prend par la main sans répondre pour nous… laissons-le imaginer notre passé en surimpression sur le sien, écoutons-nous rajeunir et rallier de concert la candeur des jours qui ne sont pas encore advenus.

Murielle Antonello – Terzago

Février 2018

Exposition Noël Marsault – Dans l’inconnu

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site

Noël Marsault

Dans l’inconnu

Gravures, monotypes et dessins

 

Vernissage le vendredi 9 février 2018 à partir de 18h00 en présence de l’artiste

 

 Exposition du 10 février au 17 mars 2018

 

Typographe inventif autant qu’expert, Noël Marsault aime aussi, au-delà des livres chatoyants dont il a le secret, produire des images. Des images de toute nature et de toute sorte, qui ne sont pas toujours des estampes. Quelques-unes nous parlent immédiatement : comment ne pas trouver de charme à cette grenade joliment fruitée ou à ces deux feuilles de salade qui, pour une fois, ne jouent pas seulement le rôle bêtasse de garniture sur une assiette ? D’autres cependant nous interrogent : qu’est-ce que cette bestiole, énorme pointe sèche, qui ressemble à un crapaud tatoué ou à une grosse punaise que l’on imaginerait plutôt suspendue au plafond de la chambre de Kafka ? Noël Marsault joue volontiers avec les monstres issus du hasard de ses planches, de ses manipulations à la Frankenstein : des monstres rigolards le plus souvent, ce qui ne les empêche pas d’être inquiétants. Pour lui, l’art est métamorphose. Noël Marsault travaille dans l’unique et dans l’aléatoire, il s’amuse avec le monotype, avec les empreintes retouchées et rehaussées de crayons de couleurs ou de gouache. Il expérimente, il tâtonne, il essaie, il hasarde, il teste. Si l’écriture vibrante de certains de ses tourbillons est comme une rencontre avec l’œuvre poétique du graveur Albert-Edgar Yersin, le plus souvent elle est une ouverture, un saut vers l’inconnu, gare aux trous noirs !

 

Maxime Préaud, janvier 2018

 

 

Exposition « Place au spectacle ! »

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Place au spectacle !

Gravures

 

 Exposition du 18 novembre au 22 décembre 2017

puis du 9 janvier au 20 janvier 2018

 

Les sens en alerte, le spectateur capte à foison les images en succession, les sons, la parole, les lumières, pour quelques heures qui écrivent un monde. De cette riche palette, il ne retient parfois qu’un instant et construit son propre écrin autour de ce joyau. Le graveur aussi, cadre la vue touchante, troublante, aussi fugace soit-elle, et s’accroche à l’instabilité qui à chaque moment fait vaciller l’image, la renverse, la malmène, et parfois la fait oublier.

Quatre artistes s’attachent ici à composer l’insaisissable ou à reconstruire un souvenir tangible de cette tyrannique stroboscopie dont on ne peut arrêter le flux. Le spectacle ne souffre pas l’arrêt sur image ; aussi chacun à sa manière a dû gratter son moment de grâce, de mémoire. Lise Follier-Morales recherche l’intensité d’expression de la musicienne-interprète dont le corps épouse l’instrument et donne voix à une mélodie profonde. Sylvie Abélanet fait jaillir de l’éclat des projecteurs les acrobates de la piste de cirque et leur ménagerie curieuse. Jutta Ash nous mène au fil de ses balades parmi les artistes de rue et leur bestiaire fantasmé : ses manipulations magiques nous font douter de la réalité. Enfin France Dumas donne vie à la scène de théâtre d’où surgissent de frêles personnages de papier, ribambelle qui s’anime, face à la foule des spectateurs. Sur carton, bois ou cuivre, les artistes-graveurs tendent la main aux interprètes de l’éphémère pour notre grand plaisir.

Agathe Sanjuan
Octobre 2017

 

 

 

Exposition « Mondes Imaginaires – La forêt qui chante »

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                    Francis Capdeboscq                                             Kei Sakakibara

 

Mondes imaginaires


La forêt qui chante

Gravures

 

 Pré-vernissage en présence de Kei Sakakibara le 12 septembre à partir de 18 h00

 

Vernissage le 15 septembre à partir de 18 h 00

 

 Exposition du 16 septembre au 28 octobre 2017

 

Dans l’un et l’autre cas il semble qu’un loup veuille sortir du bois, poussé par la faim d’histoires. Et ils en racontent, Francis Capdeboscq et Kei Sakakibara, ou plutôt ils en suggèrent, des histoires, laissant aux regardeurs amateurs que nous sommes le soin d’imaginer leur déroulement et leur épilogue. A nous d’en saisir le fil, de le nouer et le dénouer à notre guise, juste guidés par une ombre, un léopard à face de lune, un oiseau tapi dans la tapisserie des frondaisons, qui nous chuchote ou nous chantonne d’inquiétantes péripéties. L’obscurité domine cependant, avivée par la belle maîtrise noir-et-blanc de ces deux aquafortistes, qui savent quand il faut enrichir les morsures du perchlo d’un coup de burin bien ajusté, d’un fouillis de pointe sèche ou d’un voile d’aquatinte. Il y a toutefois entre eux des différences, qui tiennent à la culture ─ on ne se défait pas aisément de l’Asie, on ne cache même pas ses références à Edgar Poe ou à Artaud ─ et à l’âge (je ne suis pas certain qu’un calembour comme « Janis Jospleen » amuse au Pays du Soleil levant un autre que Murakami). Chez l’un plus porté vers l’humain, des allusions à Dante ou au cinq-centième anniversaire de Jérôme Bosch, l’émergence de la Sagrada Familia ou de la cathédrale de Cologne, chez l’autre le camouflage hypnotique de rapaces insolites ou d’étranges gallinacés dans des broderies feuillues, chez l’un se dissimulent les douleurs et le deuil, chez l’autre l’espérance, tous deux se rejoignant dans le bruissement obscur de futaies tachetées d’étranges lueurs.

 

Maxime Préaud
2 août 2017

 

 

 

Exposition « Multiple et singulière » – Fête de l’estampe

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Devorah Boxer    France Dumas     Catherine Gillet
Pauleen K     L
ise Follier-Morales     Judith Rothchild
Dominique Aliadière    Pablo Flaiszman    Jean-Michel Mathieux-Marie,
Noël Marsault   Quentin Préaud   Maxime Préaud

 

Multiple et singulière

Gravures

 Exposition du 26 mai au 30 juin 2017

 

Participant de la première heure, la Galerie L’Echiquier célèbre cette année la fête de l’estampe avec ses douze artistes permanents : six femmes et six hommes, la parité est respectée. Moelleux de la manière noire, transparence de l’aquatinte, velouté de la pointe sèche, profondeur et finesse du burin, flamboyance des couleurs obtenues par la technique de la planche perdue : chacune, chacun, a sa façon singulière de s’exprimer sur la plaque de métal, le carton, le bois, le lino et comme toujours avec la gravure, l’étonnement est grand devant la multiplicité des possibilités, sans parler de celle des tirages, offertes par cet art.

Qu’il s’agisse de personnages, d’animaux ou de fruits, de bâtiments, de cafetière turque ou d’arbres, ou encore de sexes, d’outils ou de formes inconnues , c’est l’éphémère d’une vision qui à chaque fois est saisie sur le vif dans toute son intensité et rendue sur le papier dans le foisonnement de sa matière. .

 

Laurence Paton, Paris mai 2017

 

 

 

Exposition « La fête sauvage » de Lise Follier-Morales, Noël Marsault, Stella Erbibo, Hélène Varchavsky, Alain Cazalis et Jumpei Mikami

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Lise Follier-Morales, Noël Marsault, Stella Erbibo
Hélène Varchavsky, Alain Cazalis, Jumpei Mikami

La fête sauvage

Gravures et dessins

 Exposition du 3 février au 5 mars 2017

 

Un drôle d’être vous regarde, complètement hirsute, et ses yeux presque blancs brillent dans le noir : c’est l’Ange familier, vernis mou, pointe sèche et roulette, de Noël Marsault. Deux grands singes, au pelage si doux qu’on aimerait tendre la main pour les caresser, se tiennent côte à côte, l’un posant sa patte sur la tête de l’autre : telle est l’idée que Jumpei Mikami, graveur en manière noire, se fait de la Communication. Une poule ébouriffante, bec grand ouvert et les plumes en bataille, se dresse sur ses ergots : voici La chanteuse d’opérette, pointe sèche, vue par Lise Follier-Morales. Plus loin, une baleine au ventre dodu gravée en taille douce par Stella Erbibo semble vouloir se libérer de sa feuille, d’un format pourtant déjà très imposant. Cachés dans  Le Grand Arbre  eau-forte et, pointe sèche d’Hélène Varchavsky, d’innombrables êtres de petite taille et au museau pointu, s’ébattent, joyeux et très affairés, au gré de leur fantaisie. Enfin, un Pégase bleu Ivre de liberté  et gravé en taille d’épargne par Alain Cazalis, prend son envol.

Le monde animal ouvre grand les portes de l’imagination et incite à toutes les inventions —chimères en rose, mauve et jaune pour les artistes qui s’expriment en couleur, apparitions de sirènes et autres organismes marins parmi les chiffres d’un livre de compte pour les esprits sensibles à l’absurde, fêtes masquées, plumage dominoté et autres fééries pour les amateurs de merveilleux, cadrage très serré pour ceux dont le regard a été irrésistiblement envoûté par le velouté soyeux d’une patte de chaton.

A ce grouillement et cette étrangeté de la vie animale répond une grande richesse de techniques et d’expressions. Chaque artiste a sa manière de l’encager, chacune et chacun laissent aller sa pointe, sa gouge ou son brunissoir, sa plume ou son lavis, pour donner naissance à ces créatures issues de la nature et du rêve qui mènent à côté de nous et en silence une vie parallèle. Car qu’ils soient légendaires ou bien réels, mêlés dans une effervescence sauvage, ou isolés en gros plan, tous ces animaux s’imposent par leur mystérieuse présence qui ouvre sur un autre monde.

Laurence Paton, Paris 7 janvier 2017

 

 

 

Exposition « Foule aux as » de France Dumas, Shirley Sharoff et Quentin Préaud

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France Dumas
Shirley Sharoff
Quentin Préaud

Foule aux as

Gravures

 Exposition du 16 décembre 2016 au 29 janvier 2017

 

Trois graveurs qui montrent la foule, cela paraît peu. Mais il y a déjà beaucoup de monde à voir chez ces trois-là. Chacun a sa technique (la foule des procédés de l’estampe étonne toujours), chaque technique s’adapte à l’idée, ou l’inverse. Chez Quentin Préaud, habitué des accumulations (c’est son côté mélancolique) : empilements de palettes ou de chaises pliantes, brocante ou déchetterie, la foule est entassée serrée dans des manifestations ; et s’il en imprime en noir, la plupart de ses linogravures sont vivement colorées (tout le monde porte les mêmes blue-jeans, mais pas forcément le même pull), manif de Verts, manif de Rouges, car il maîtrise parfaitement l’art subtil de la planche perdue. Et il travaille surtout en plan rapproché, comme s’il dessinait derrière une caméra de surveillance. Pour France Dumas, au contraire, la foule est un éparpillement. Elle aime saisir le petit monde des bistrots, des ateliers de gravure, des salles de spectacle, de la rue, SDF, accordéonistes ou simples badauds, en une multitude de croquetons qui, accumulés sur le cuivre, mordus d’une eau-forte simple et vive parfois rehaussée de gommogravures colorées, donnent une animation à perdre la tête, il y a même des bestiaux, chats, chiens, zèbres, crocodiles, dans des îles à faire rêver les Robinson, avec des gens partout et des cocotiers. Shirley Sharoff, quant à elle, exploite surtout la demi-teinte (à l’aquatinte comme il se doit), imprimée avec une majorité de bleus et de rouges qui se croisent et se superposent, pour décrire des mouvements moins agités, des marches rangées, pas des défilés militaires tout de même, plutôt des sorties de collège d’autrefois, des ombres qui, à la brune, passent sur le trottoir d’en face. Un monde fou, trois graveurs, brelan gagnant.

Maxime Préaud

11 XI 2016

 

 

 

Exposition « Lumière noire » de Judith Rothchild

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Judith Rothchild

Lumière noire

Gravures, dessins et livre d’artiste

 

Vernissage le vendredi 4 novembre 2016 à partir de 18h00 en présence de l’artiste

 

 Exposition du 5 novembre au 4 décembre 2016

Pot de pré-clôture le vendredi 2 décembre 2016 à partir de 18H30 en présence de l’artiste

 

Faire surgir le dessin du noir profond comme une silhouette se détache dans l’ombre d’une pièce. Le faire accéder à la lumière par touches successives en jouant sur toute la gamme qui va du noir au blanc, tel est le beau et virtuose travail de Judith Rothchild. Les images nées de cette alchimie patiente et subtile , qu’il s’agisse de fleurs, de fruits, de coquillages, de brindilles ou de feuilles, gardent de ce compagnonnage nocturne, et du temps nécessaire pour les faire apparaître à l’aide du grattoir et du brunissoir, une intensité particulière comme si on assistait chaque fois à la naissance du monde. Elles brillent dans les ténèbres telles des apparitions surréelles.

La grande réussite et l’originalité de Judith Rothchild, c’est d’allier à cette présence chaude et sensuelle qui est la marque de fabrique de la manière noire, puisque la gravure s’y effectue sur un fond noir obtenu par le fin grainage de la plaque sur toute sa surface, une précision et une définition dans le détail remarquables. À observer les rayures, les piquants et les poils de ses plantes grasses, à admirer l’éclat doré des plumes de son faisan illuminées de l’intérieur, à rêver devant une pastèque délicatement ombrée qui semble tourner dans le noir comme une planète, on se souvient qu’avant de s’adonner à la gravure, cette artiste  était pastelliste. Nids d’oiseaux ou de frelons, grenades, huîtres ou clams: on dirait que toutes ces merveilles de la nature ont posé devant sa plaque de cuivre jusqu’à ce que la lumière pénètre la nacre du coquillage ou l’écorce de la pomme de pin, les immortalisant comme autant de joyaux

Laurence Paton, octobre 2016

 

 

 

 

Expositions « La brocante sublimée » de Devorah Boxer et « Distances  » de Nicolas Poignon

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Une rentrée formidable à la galerie l’Échiquier, après un été que nous vous souhaitons le plus beau possible

Tout d’abord, en relais de l’exposition dont Devorah Boxer bénéficie à l’Institut des beaux-arts à la suite du prix Avati attribué par l’Académie en 2015, nous exposerons entre le 10 septembre et le 9 octobre, des gravures et des dessins, publierons  un catalogue d’une vingtaine de pages qui vous sera remis gracieusement lors de votre visite, et éditerons deux gravures à cinquante exemplaires chacune.

Ensuite à partir du 16 septembre et jusqu’au 30 octobre 2016 (partageant les lieux jusqu’au 9 octobre avec Devorah Boxer), nous aurons le plaisir de vous proposer une superbe exposition de dessins aux fusains, de lavis à la façon sanguine et de quatre très grandes linogravures de Nicolas Poignon, récompensé lui aussi en 2015 lors de la Biennale de l’Estampe de Saint-Maur (premier prix).

Merci de découvrir ci-dessous, ces deux événements que nous sommes ravis de vous présenter.

Peigne de tisserand 2013


Devorah Boxer

Devorah Boxer ou La brocante sublimée

Gravures et dessins

 

Vernissage le samedi 10 septembre 2016 à partir de 17h30 en présence de l’artiste

Exposition du 10 septembre au 9 octobre 2016

Pot de pré-clôture le vendredi 7 octobre 2016 à partir de 18H30

 

Devorah Boxer ressemble un peu à ces objets qui lui sont chers et qui surchargent son atelier de brocanteuse. Le temps sur eux a laissé ses marques, ils sont quelque peu cabossés mais enrichis par l’âge. Depuis des années l’artiste porte sur eux un regard attendri, elle en exalte dans ses estampes l’émouvante survie et sait par son talent nous en faire découvrir les beautés aussi évidentes qu’accidentelles.
C’est vers la fin de sa longue carrière que son œuvre gravé, dont tous ceux qui connaissent la poésie de son travail éprouvent les charmes quasi morandiens, jouit d’une reconnaissance méritée, au-delà même du monde de l’estampe. Si elle avait bénéficié d’une exposition personnelle à Chartres en 2004, ce fut en 2013 seulement qu’une exposition parisienne, à la galerie L’Échiquier, fut consacrée à ses eaux-fortes. Cet événement fut suivi d’une autre manifestation importante à la villa Médicis de Saint-Maur où notre artiste avait remporté le prix spécial du Maire lors de la biennale de 2013. La galerie L’Échiquier présenta également certains de ses magnifiques dessins préparatoires l’an passé, au moment même où Devorah Boxer devenait lauréate du dernier prix Mario Avati, raison pour laquelle l’Académie des beaux-arts l’honore maintenant d’une exposition dans ses murs.
Ses amis se réjouissent de ces hommages répétés, l’estampe d’aujourd’hui en est magnifiée, les sujets éclopés de ses tailles-douces y trouvent, régénérés par ses aquatintes et ses vernis mous, la gloire légitime des anciens combattants, et notre mélancolie esquisse un certain sourire.

Maxime Préaud – Conservateur général honoraire des bibliothèques
Paris, juillet 2016

A noter aussi dans votre agenda : Exposition de Devorah Boxer à  l’Académie des beaux-arts, du 8 septembre au 9 octobre, entrée libre, du mardi au dimanche, de 11h à 18h, Salle Comtesse de Caen, 27 quai de Conti, 75006 paris.

 

 

Nicolas Poignon

Distances

Dessins, lavis à la manière sanguine et gravures

 

Vernissage le vendredi 16 septembre 2016 à partir de 18h30 en présence de l’artiste

Exposition du 16 septembre au 30 octobre 2016

Pot de pré-clôture le vendredi 28 octobre 2016 à partir de 18H30

 

Dans les œuvres de Nicolas Poignon, il semble qu’entre le motif et celui qui le regarde – l’artiste d’abord, puis nous –, un très léger voile s’interpose, que l’on peine à interpréter : délicatesse dans l’approche du monde, goût des lointains, attention portée aux nuances de la lumière, sourde inquiétude devant les formes trop dessinées, trop affirmées, intervention souterraine de la mémoire,… on ne sait. Mais ce qui parait sûr, c’est que, dans cette constante mise à distance, les deux catégories du temps et de l’espace sont en cause, auxquelles il faut ajouter un trait commun, le silence ; et devant ces œuvres légères, presque impondérables, on pourrait se demander si, dans le monde « réel » ou réputé tel, le motif a jamais été proche et si la vue s’en est jamais emparé, s’il ne s’agit pas de simples rêveries, comme les encres de Victor Hugo ou nombre d’aquarelles de Turner. Pourtant non, et il serait bien difficile de dire pourquoi, mais nous sentons que cette Ville en activité ou cette Ville et son fleuve dessinées au fusain d’un peu haut, comme d’une colline ou de la terrasse d’un immeuble, existent pour de bon, n’ont pas été inventées, et il en va de même de ces sanguines qui nous montrent une route traversant un village, vus comme en passant, depuis une voiture (elles portent d’ailleurs des dates précises). Sans aucun doute le monde réel donc, et des moments réels, mais non décrits, seulement saisis en traces laissées par la mémoire. L’étrange est que cette mémoire propre à l’artiste, peut-être parce qu’il en use très doucement, elliptiquement, éveille et sollicite la nôtre, et voici que nous croyons reconnaître des paysages ou des lieux que nous aurions parcourus et oubliés : non pas une « inquiétante étrangeté » toutefois, plutôt une forme de nostalgie.

Nicolas Poignon s’étant d’abord fait connaître comme linograveur, pratiquant une technique qui n’est pas précisément idéale pour restituer ce que peuvent avoir de diffus le sentiment ou le souvenir d’un paysage, on imagine assez que l’usage du fusain, de la sanguine ou de la pointe d’argent lui a permis de rendre une vision sensiblement moins « dure » que celle imposée par la linogravure. Et le fait est que, dans ses estampes, le monde n’apparaît pas séparé par ce léger voile dont je parlais, mais par un réseau de lignes et de gros points qui, en évoquant un tressage ou un cannage irrégulier, fait du motif (souvent constitué par des bâtiments) un lieu ou un objet inaccessible, quand il ne le fait pas quasiment disparaître, comme si la trame au revers de la plaque de linoléum revenait du dessous pour prendre le dessus sur l’image. Tandis qu’ici, avec quelques légers traits de crayon, c’est tout l’espace qui se libère et s’ouvre, un large espace vacant où les formes tendent à s’absorber et se dissoudre, et que l’artiste, croirait-on, a longtemps craint d’affronter : dans tel ou tel fusain de 2015, on voit les villes se resserrer sur elles-mêmes, fondre leurs formes comme pour mieux s’accorder au ciel vide au-dessus d’elles, et l’artiste n’hésite pas à donner le titre Éther à certaines de ces pages (l’éther, cette substance subtile qui jadis était censée emplir les plus hautes régions de l’espace, bien au delà de l’atmosphère) ; et dans telle sanguine de 2002, les maisons paraissent menacées d’effondrement, démolies par le vide, dont le sens serait aussi l’irrémédiable passage du temps. Quant aux pointes d’argent, l’extrême finesse des traits y suscite un monde dont on ne sait s’il apparaît ou disparaît, on pense à des effets de brouillard en plein jour, quand les arbres et les maisons en sortent mystérieusement, pour s’y évanouir à nouveau un instant plus tard ; pourtant, on s’égarerait à chercher dans ces œuvres des études plus ou moins « réalistes » ou « impressionnistes » d’un phénomène naturel (dans le genre des brouillards peints par Monet, par exemple). En fait, c’est encore un éloignement qu’elles font surtout sentir, une distance qui paraît décidément irrémédiable. Tout en continuant de fasciner, isolés dans le blanc de la page, presque réduits à composer l’horizon, les motifs –bouquets d’arbres et bâtiments – semblent vouloir se retirer de notre scène, fuir en résistant à toute saisie, et l’on comprend que l’artiste ne saurait insister. On comprend que ce n’est pas lui qui tient le monde à distance, mais l’inverse, et de cela seul naît une beauté singulière.
Alain Madeleine-Perdrillat
Paris, avril 2016

 

Sans couverts

Exposition « Mémoire d’ombres » Pablo Flaiszman

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Pablo Flaiszman

Mémoire d’ombres
Gravures

Exposition du 16 janvier au 14 février 2016

Du choc des rayons et des ombres naissent les aquatintes de Pablo Flaiszman. Le graveur y capte des fragments de vie, instants du quotidien suspendus à un moment de basculement ou de flottement que la mémoire souvent surexpose. Ces espaces-temps intimes sont traversés par des êtres que l’on devine chers et dont la présence parfois s’efface, absorbée par l’ombre ou éclipsée par la lumière. Les noirs profonds de l’encre s’entrechoquent avec les blancs du papier pour planter un décor -chambres, cuisines, pièces de vie- qui accueille des âmes plus que des corps. Lits, chaises, tables, reliefs d’un repas disent le partage autant qu’ils crient la solitude.

Flaiszman est un graveur d’un genre particulier : bien plus qu’un aquafortiste, c’est un aquatintiste hors pair qui pose ses grains de résine sur le zinc comme un peintre ses couleurs et procède par morsures successives jusqu’à obtenir toutes les valeurs d’une palette en noir et blanc dont la richesse augmente grâce aux effets de matière donnés par les grattages, les reprises au brunissoir ou encore les apports d’un vernis mou ponctuellement ajouté. Cette cuisine patiente se combine avec celle initiale de photographies travaillées par collages virtuels. Singulière alchimie dédiée à ces « ombres gravées » qui oscillent entre modernité et tradition. On pense à Goya pour les hardiesses de l’aquatintiste et à Rembrandt pour la fascination du contre-jour, tous deux en bonne place, nous a-t-il confié, dans son musée imaginaire.

Valérie Sueur-Hermel
Conservateur en chef au département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France.