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Exposition « Au bord du monde » Michèle Iznardo

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Michèle Iznardo

 

AU BORD DU MONDE

Dessins

Exposition du 7 mars au 5 avril 2015

Avec du papier, une pierre noire, et des couleurs immatérielles comme l’air, Michèle Iznardo réinvente une terra incognita. À contempler cette terre des origines, cette terre d’avant l’homme, un frisson vous saisit, comparable à celui ressenti en lisant les mentions inscrites sur les anciennes mappemondes: hic sunt dracones , ici il y a des dragons.

Apparemment, tout est calme dans ce paysage où les coulées d’azur du ciel et des rivages, le miroir des eaux étales et les pierres en équilibre qui souvent bouchent l’horizon forment des lignes, dessinent des creux, des îles secrètes, des mondes en miniature.

À y regarder de plus près, ces univers superposés comme les strates du temps sont autant de tableaux où le regard perçoit des nuances chromatiques à l’infini et l’œil joue à se perdre. Des turbulences immémoriales ont réorganisé le paysage, inversé le ciel et la terre, créé des failles vertigineuses et chassé toute présence humaine. Car dans ce monde minéral, vous ne rencontrerez personne, sinon l’air, le blanc, le gris, le bleu, le gris-bleu, exceptionnellement un ciel jaune de fin du monde surplombant une mer d’encre, et bien sûr ce noir, imposant et omniprésent. Mais n’essayez pas d’aller  dans ce pays au bord du monde, contentez-vous de regarder les images que Michèle Iznardo en a rapportées, empreintes de la beauté et de la pureté des rivages imaginaires.

Laurence Paton
Février 2015

Presse petite

Exposition « Aventures graphiques » Devorah Boxer, Lise Follier-Morales, Catherine Gillet, Nathalie Grall, Pauleen K, Quentin Préaud, Maxime Préaud

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Devorah Boxer, Lise Follier-Morales, Catherine Gillet, Nathalie Grall, Pauleen K, Quentin Préaud, Maxime Préaud

Aventures graphiques

Gravures

Exposition du 10 janvier au 15 février 2015

Des immeubles et des taureaux, un tamis et des cafetières, une veste en vanité et des élytres de pierre, des couteaux qui attendent leur heure et des gallinacés qui surgissent du noir : où sommes-nous? Dans les mondes gravés de sept artistes de la galerie l’Échiquier dont les aventures graphiques en taille-douce ou en taille d’épargne, sur cuivre, carton, ou linoléum, offrent un panorama étourdissant des vastes possibilités offertes par les différentes techniques de l’estampe.

Jubilation du trait qui en appelle un autre, comme chez la buriniste Catherine Gillet dont les images, sortes de météorites venues de très loin et captées sur la plaque au terme d’une quête inspirée du geste du calligraphe, donnent un délicieux frisson d’inquiétante étrangeté : est-ce un crâne vu de dos ou un tambour ? Une roche qui tombe ou un tronc d’arbre ? Toutes les lectures sont possibles, comme chez Nathalie Grall qui nous emmène dans un monde flottant né à la pointe du pinceau puis fixé sur le métal par la lame du burin. Ses images de corrida, d’ombrelles et de cerfs-volants, toutes en légèreté et en grâce, semblent encore danser sur le  papier.

Avec Devorah Boxer, les objets de notre quotidien s’animent et, prenant enfin leur revanche, passent au premier plan. Personnalisés par son regard qui les détache du monde où ils passent généralement inaperçus, ils sont entourés d’un halo de lumière, réchauffés par l’eau-forte et habillés de grains d’aquatinte, tout en gardant la trace de leur existence silencieuse et parallèle à nos côtés. Non plus solitaires, mais en groupe, ou par couple, les cafetières en noir et blanc de Maxime Préaud imposent leur présence mélancolique. Ses vestes désertées, gravées en linogravure à planche perdue, son fétiche quadrillé et bardé de clous, à la fois burlesque et troublant, sont empreints d’une singularité métaphysique et d’un humour noir qui joue de tous les contrastes d’une palette haute en couleurs pour rajeunir le genre de la nature morte.

Pauleen K et Quentin Préaud partagent le même goût de la dérive urbaine. Une ville que la première, qui maîtrise l’art de la manière noire, imagine hantée de bâtiments menaçants dont les fondations sont envahies par l’ombre, quand le second la peuple d’immeubles paquebots et d’appartements aux fenêtres murées. Quentin Préaud sait aussi voir la ville en rose, ou en bleu et jaune, quand il troque sa pointe sèche contre une gouge pour graver sur linoléum.

Avec Lise Follier Morales, le portrait, mystérieux et très inspiré, reprend ses droits : jeune fille songeuse devant un mur traversé des lueurs voilées d’un autre monde, ou cheminant dans un paysage désertique, poules en majesté à la vêture moirée et au regard étonné ou impénétrable. Grâce à une technique à l’invention toujours renouvelée comme ces jeux de superpositions transparentes sur fond de dominographie et de marbré, elle parvient à transmettre l’énigmatique beauté d’expressions saisies sur le vif et de personnages venus d’un passé rêvé.

Laurence Paton
Décembre 2014

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Exposition « La nature à l’oeuvre » Christine Bouvier, Claire Illouz, Maurice Maillard

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Christine Bouvier, Claire Illouz, Maurice Maillard

LA NATURE A L’OEUVRE

 Gravures

Exposition du 29 novembre au 21 décembre 2014

 

Les rapports de l’art et de la nature font partie de ces sujets scolaires rabâchés depuis des siècles et qui font fuir tout étudiant d’art, tout amateur repu de ces exercices laborieux. Aristote en a posé les bases, Oscar Wilde nous a fait sourire d’un de ses brillants paradoxes, plus profonds qu’il n’y paraît… et alors ?

Depuis, on en parle beaucoup, de la nature : on craint son réchauffement, on la protège, on désire la préserver. Mais qui la regarde encore ?

Christine Bouvier, sans doute. Qui s’attache à ces petits riens : le reflet d’un nuage dans une flaque, le contraste de la terre et de l’eau. Et qui, d’une représentation photographique, la retravaille pour en tirer une estampe.

Maurice Maillard, sans doute. Qui capture l’instant sur la mer, le souffle et le sillon des champs, jusqu’à faire du paysage une œuvre abstraite.

Claire Illouz, sans doute. Qui n’oublie jamais que la nature, chez nous, n’est jamais éloignée du béton, de la ville, de l’humain, qui l’envahit mais qu’elle occupe en retour. Et qui couche herbe sur herbe, estampe sur estampe, plaque de cuivre sur plaque sur cuivre.

Manière aussi de signifier que l’art, comme la nature, est toujours une recréation.

Rémi Mathis
Novembre 2014

bateau

Exposition « Ondes Marines » Yannis Markantonakis

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Yannis Markantonakis

Ondes marines

Peintures   

Exposition du 18 octobre au 16 novembre 2014

Les bateaux de Yannis Markantonakis sont de puissants navires marchands que rien ne semblent détourner d’une trajectoire inconnue à celui qui pose son regard sur eux. Ils ouvrent à l’imagination des fenêtres nouvelles : celles des ailleurs lointains où on accoste en nous-même. Sa peinture conduit au-delà des apparences…C’est là son principal caractère, sa force et son jeu. Elle plonge dans les grandes profondeurs des interrogations humaines, avec une élégance chromatique qui ouvrent les perspectives de la réflexion, de la méditation ou du rêve. Que sa palette s’assombrisse ou non, ses noirs et ses gris sont solaires, ses bleus infinis. Un blanc, un rouge servent de phares à la composition. Ils disent l’essentiel, le jeu invisible des ondes marines. Les pinceaux livrent bataille,  jouent l’épaisseur par endroits, brouillent les pistes, laissent de grands aplats. De son combat, pour apprivoiser la matière des flots, naît une jubilation du regard qu’il offre en partage. La mer, le plus grand des miroirs est le terrain de jeu favori de cet adepte des paradoxes. Dans sa peinture, vous trouverez une pointe de Staël, le sillage d’un cargo noir de Dufy, la tendresse des icônes byzantines, une photographie maltraitée, une Amphitrite vous regardant du fond des eaux…

Le langage pictural de Yannis Markantonakis nous rappelle avec une insolente clarté que la peinture è cosa mentale pour notre plus grand plaisir.

Marianne Durand-Lacaze
Septembre 2014

Mise en page 1

Exposition « Joyeuses Parques » Lise Follier-Morales

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Lise Follier-Morales

Joyeuses Parques

Gravures

Exposition  du 6 septembre au 5 octobre 2014

 

Les mythes grecs tenaient la destinée humaine pour le tissage injuste et impavide de quelques brins de laine par les Parques. Lorsque Lise Follier-Morales ouvre dans ses gravures le livre de son enfance en Corée, le temps des hommes, comme dans la Grèce antique, ne tient qu’à un fil qui court du vêtement jusqu’à la fibre. L’œuvre, libre et poétique, en relate les primes origines, d’un brin de coton qui, au microscope, semble une forêt de bambous au bord d’une plaine de neige, jusqu’aux hampes de pistils, ces « pères la couleur » d’où l’on extrait les pigments. Puis, comme une caméra élargirait son champ, la perspective s’agrandit, et la gravure considère kimonos et vestes traditionnelles aux teintes et aux arêtes pures comme des gemmes. Le spectateur recule encore, les découvre « en situation », aux épaules de personnages à la dignité populaire : gouvernante maternelle et hiératique, jeunes pèlerins adossés au fond de la gravure comme à un mur sans âge ; la gravure révèle alors l’aisance d’une posture permise par des vêtements qui fluidifient le quotidien, et qui deviennent presque, par leur adaptation domestique, les doubles améliorés de qui les porte. Enfin, au-delà du pli et du « tombé », l’artiste aborde aussi le motif selon la technique du « domino » au rouleau, comme prétexte poétique, comme « impression » dans toutes les acceptions du terme : hors  des contours, le motif gagne le fond de la gravure et  la chair même des personnages. Corps, décors et vêtements semblent d’une même dentelle,  comme l’invisible et subtile trame du souvenir sert de doublure à la vie. Enfin, kimonos et vestes, bras en croix, évoquent une suite de crucifixions sans corps ainsi que d’émouvantes pietà orientales.

Murielle Antonello-Terzago
Juin 2014

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Exposition « Pensées liquides » Catherine Gillet

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Catherine Gillet

Pensées liquides

Gravures

Exposition du 24 mai au 29 juin 2014

C’est une buée sur une vitre, quelques légers nuages échappés d’un ciel pommelé, une aile de papillon, un élytre de scarabée, une feuille d’automne flottant à la surface lumineuse d’un étang, des bulles de champagne, quelque accident du cuivre volontairement conservé, quelques taches magnifiées par le burin : les « Pensées liquides » de Catherine Gillet sont superbement cristallisées sur le blanc du papier, en des noirs délicatement enrichis d’un zeste de bleu, d’un zeste de rouge, de bistre.

Catherine Gillet apporte un soin particulier à la couleur de ses encres, mais tout est important dans son art qui ne souffre aucune négligence. On y lit tout le sérieux qu’exige la poésie. D’où ces titres décalés qui lui viennent à l’esprit en feuilletant les dictionnaires et donnent un petit aspect surréaliste à ses images qu’ils ne définissent pas vraiment. On lui pardonnera qu’ils sentent un peu la philosophie, tant il y a à voir dans ce « Presque rien », ainsi qu’elle dénomme un des triptyques venus s’ajouter aux vingt-cinq gravures spécialement exécutées pour la présente exposition.

L’art du burin est ancestral, certains le croient chauve, édenté, podagre, pourquoi pas gâteux. Ils ont tort. Catherine Gillet manifeste qu’il est toujours jeune et vaillant, bien affûté. Sans exhiber une virtuosité qui choquerait sa modestie naturelle, elle fait montre d’un impressionnant vocabulaire graphique exalté par une inaltérable patience, nous entraînant dans le piège délicieux de sa méditation.

Maxime Préaud
Avril 2014

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Exposition « Topoï » Jean-Michel Mathieux-Marie, Quentin Préaud, Pauleen K

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Jean-Michel Mathieux-Marie     Quentin Préaud      Pauleen K

TOPOÏ

Gravures

Exposition du 19 avril au 18 mai 2014

Petit dialogue entre amis

-« Topoï », c’est joli, mais ce n’est pas un peu barbare comme titre d’exposition?

-Barbare ? Tu veux rire…C’est grec ! Un topos, des topoï : un lieu, des lieux.

-D’accord, bon, mais qui comprend le grec ?

-On s’en moque, tu avoueras que « lieux » c’est beaucoup moins beau et tellement commun !

-Ben justement des « topoï », en littérature, ce ne sont pas des lieux communs, des clichés, des poncifs, quoi?

-Si, je crois bien.

-C’est sûr que ces trois graveurs-là ne donnent pas dans le poncif, mais ils ont bien le lieu en commun… ?

Il y en a un qui fait de la pointe sèche, l’autre de la linogravure et la troisième de la taille-douce, on est bien d’accord que leur point de rencontre se situe quelque part du côté du lieu ?

-Vu comme ça…oui !

-En plus, ils représentent trois générations de graveurs, c’est encore plus intéressant leur convergence autour des « lieux ».

-Mais « Lieux », en titre, ce n’est pas terrible, non ?

-D’accord, d’accord… Va pour « Topoï » ! Et tant pis si ça fait un brin intello-chartiste, on assume!

-On ne va quand même pas l’écrire en alphabet grec ?

-Ben non, mais on le met en italique !

Que vous soyez helléniste ou pas, si vous aimez la gravure, rendez-vous au 16 rue de l’Echiquier à Paris, pour découvrir, en un même lieu, les fantasmagories topographiques gravées à la pointe sèche par Jean-Michel Mathieux-Marie, les « morceaux de territoires », linogravures hautes en couleurs de Quentin Préaud et les paysages urbains gravés en taille-douce par Pauleen K. Peut-être y apercevrez-vous aussi le fantôme du grand Piranèse qui se plaira sûrement à hanter ce « topos » le temps de l’exposition!

Valérie Sueur-Hermel
Avril 2014

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Exposition « Vives natures mortes » Maxime Préaud

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MAXIME PREAUD

Vives natures mortes

Peintures, dessins, gravures

Exposition du 11 janvier au 9 février 2014

Les objets, dans l’articulation de notre mémoire au réel, nous tiennent lieu de ligaments. Et leurs pantomimes comme leur immobilité actionnent en nous la mécanique du souvenir.
Les « natures mortes » n’ont donc de défuntes que le nom, comme le démontrent magnifiquement les peintures et les gravures de Maxime Préaud, représentations tantôt tendres ou graves, tantôt pleines d’humour de ces objets du quotidien que d’ordinaire nous méprisons, peut-être parce qu’obscurément nous leur reprochons de nous voir de trop près.
Au travers d’œuvres réalisées de 1985 à nos jours dans des techniques mélangées (pastel, acrylique, gouache) et de gravures vives, expressionnistes presque, voici qu’affleure toute la poésie d’un monde immobile et silencieux grâce au talent de Maxime Préaud, dont l’œuvre démontre qu’il n’est pas d’objet dont l’humilité domestique ne mérite d’être traduite.
Ainsi de simples sacs poubelles, obèses plastifiés, ventrus et calmes, sûrs de leur fait, comme ces bourgeois du XIXe dans leurs culottes de velours… En voici d’écarlates, si excentriques pour nous Français qui ne connaissons le sac poubelle que dans sa livrée sombre du tiers-état… importés d’Angleterre, ce sont les Habits Rouges de la poubelle, et on se prendrait presque, en les remplissant, à leur donner du « My Lord ».
Ces chaussures, usées, vaguement renfrognées, une bottine de femme type cousette qu’affectionnait Hugo, et puis cette basket bleu pâle qui gît après sa maraude urbaine…, une brosse à dents, bien droite dans son verre près de son époux le dentifrice qui met trop d’after-shave à la menthe, planté dans un verre qui brille… et, dans des cuisines, des bouteilles mi- pleines de spiritueux, d’air, de lumière et de souvenirs…, des fruits trop mûrs, travaillés au pastel mêlé d’acrylique, cette cuisine peinte dans un matin provençal, des pommes sensuelles et pourpres, lourdes, en contrepoint d’une bouteille vide, claire et d’un bol bleuâtre sur une nappe jaune et bleue, toile envahie par l’été, presqu’une enluminure, comme si toute la cuisine avait mûri en même temps que les fruits ; d’autres tables peuplées de coloquintes ventrues et fanées près de cafetières sans âge et dont la forme rassure…, des objets racontés plusieurs fois, tel ce flacon bleu, effilé et haut comme un minaret et qui vient de Venise, ou ce bol rouge et blanc, beau comme un conte, aux couleurs de Blanche-Neige : ici, un masque africain, brut et vivant, là, un visage de céramique, mat et étonné… Le peintre, plus que la ressemblance avec le modèle, traduit la provenance, et derrière le sujet peint, c’est bien en filigrane ce « quelqu’un » qui a donné ou légué le bol, le flacon, le masque, qui apparaît. Le spectateur accède ainsi à la légende des choses, voire à leur généalogie.
Cette veste pendue sur sa patère, pathétique comme un amoureux éconduit au téléphone, presque orpheline, semble attendre une forme, quelque chose qui la peuple, et ses plis racontent l’absence, graves comme ceux du pallium de quelque saint peint à l’antique…, une autre sur un cintre exhibe, dérisoire, sa rangée de feutres figée dans la poche de revers, ainsi un général vaincu ses médailles… Enfin, dans des gravures nettes comme le sceau d’un monarque, la palette du peintre est alors en majesté : il faut voir ces cafetières et ces flacons vert pomme, rouge cardinal, ces ustensiles quasi dynastiques qui posent, saturés comme des autochromes, rehaussés d’ombres violettes. Maxime Préaud célèbre alors non la majesté du réel, mais celle du temps qui passe dans les amours qui durent, et ses peintures comme ses gravures chroniquent alors, élégiaques et gaies, ceux qui sont « de l’autre côté ». Pour preuve ces crânes, dont les orbites irradient parfois d’une lumière noire et mélancolique la scène du tableau…, mais la couleur revient toujours, triomphante, le crâne seul est alors peint dans un fond bleu ciel, rayé par le vif mouvement du pinceau. Et voici que la « vanité » vibre, sous une palette tonique qui balafre la fatalité, avouant nous parler malgré tout, encore et toujours, de la vie.

Murielle Antonello Terzago
Décembre 2013